JeunePapa.com : Comprendre les sautes d’humeur


Comprendre les sautes d’humeur
Voilà… Vous allez devenir papa dans quelques mois seulement. C’est la consécration de l’amour qui vous lie à votre compagne. Mais depuis quelque temps, depuis l’annonce, vous ne la reconnaissez plus. Elle qui ne mangeait presque rien, obnibulée par sa ligne, se jette sur tout ce qui est comestible. Elle qui était toujours calme et réfléchie est devenue tout le contraire. Une seconde elle est là dans vos bras, la plus amoureuse du monde, la seconde qui suit elle vous envoie promener. Elle vous demande de faire une chose, à peine l’avez-vous fait, qu’elle vous reproche de l’avoir fait. C’est un cas extrême, mais cela arrive. Bien sur si vous avez de la chance, la future maman restera égale à elle-même.

La grossesse est un moment de grand changement d’un point de vue psychologique pour les deux parents, et aussi physique pour la future maman. Faites-lui savoir que vous l’aimez et que vous êtes là pour la soutenir tout au long de la grossesse et de l’accouchement, mais que vous ne pouvez pas ressentir les changements physiques qu’elle connaît exactement comme elle les vit.

Demandez-lui de partager avec vous les craintes et les pensées négatives qu’elle pourrait avoir au sujet de cette grossesse. N’esquivez pas les discussions, écoutez-la quand elle vous dit ce qu’elle ressent, en faisant attention à ne pas la forcer à avoir seulement des pensées et des attentes remplies de joies au sujet de cet enfant ou de sa, votre, grossesse. Mais posez des limites à son désir irréaliste de vous faire vivre la grossesse au travers des changements physiques qu’elle connaît.

Que votre femme soit sujette à des sautes d’humeur importantes pendant la grossesse à cause des changements physiologiques et psychologiques qu’elle connaît est tout à fait normal. Soyez compréhensif, et essayez de prendre les devants en tentant de l’aider à supporter les petits maux de la grossesse, y compris les nausées et la fatigue. Evitez de lui demander « qu’est-ce qu’on mange ce soir ? » et cuisinez vous-même. Evitez aussi de lui faire faire les courses, certains rayons « sentent » trop pour elle en ce moment. Son corps est en train de réaliser un travail monstre, même s’il n’est pas encore visible à vos yeux et à ceux du monde. Faites-lui savoir que vous n’attendez pas d’elle qu’elle continue à faire tout ce qu’elle faisait avant, et considérez le premier trimestre de la grossesse comme une période d’adaptation. Elle sera probablement bien plus stable sur le plan émotionnel une fois le deuxième trimestre entamé, et son corps sera bien mieux adapté à son état de future maman que ce qu’il ne peut l’être au début.

Vous êtes en train de devenir père, alors que votre compagne est en train de devenir la mère de votre nouvel enfant. Bien qu’il sera important pour vous de vous partager équitablement les soins et les attentions à accorder à cet enfant, vos rôles seront différents et varieront en fonction des différents moments de votre nouvelle vie de famille. Il vous faudra trouver un accord sur ces responsabilités, ces rôles, et il faudra en débattre en tenant compte de plusieurs facteurs, mais la grossesse et l’accouchement, hélas (ou tant mieux c’est selon), pour nous les hommes, ne sont pas des expériences que l’on peut partager à 50/50. Une fois que la future maman aura entamé le deuxième trimestre de sa grossesse, elle pourra commencer à envisager l’avenir plus sereinement. Jusque là, acceptez son ressentiment d’être la seule qui connaît les changements physiques (en bien et en mal!) liés au fait de porter votre enfant. Et quand elle est disponible, essayez d’engager avec elle des discussions plus intéressantes sur les changements que le fait d’être parents va amener à votre vie ensemble.


C’est une fois que votre femme aura trouvé son nouvel équilibre que vous pourrez commencer à partager vos propres sentiments avec elle. Avant, allez-y avec le dos de la cuillère… A moins que vous ne soyez particulièrement téméraire ! Seriez-vous bien disposé à vous soucier des « problèmes existentiels » de quelqu’un d’autre si vous aviez envie de vomir à longueur de journée ou que vous ne teniez pas debout ? J’en doute.

Partagez donc maintenant avec elle vos questions, vos doutes… Qu’est-ce que la paternité vous apporte ? Comment les rôles étaient-ils partagés dans votre famille ? Quelle est votre idée de la relation que vous souhaiteriez avoir avec votre enfant une fois qu’il/elle sera là? Comment envisagez-vous de partager les soins de l’enfant avec la maman ? Demandez-lui ce que devenir mère représente pour elle. Et quel genre de relation avait-elle avec sa propre mère, et avec son père ? Quel genre de relations envisage-t-elle avec le reste de la famille ? Pensez aussi à parler des inquiétudes et surtout des peurs que vous pouvez avoir et qui sont liées à votre devenir en tant que parent. Et demandez-lui de vous faire part de ses sentiments à propos de cette grossesse qu’elle vit et de l’accouchement qui approche. Plus que jamais, le dialogue sera important entre vous.

Il vous sera aussi très utile de parler, partager vos sentiments avec d’autres hommes, d’autres pères et des futurs pères. C’est aussi par vos relations avec d’autres hommes que vous pourrez vous construire en tant que parent. Ils pourront vous rassurer, en vous faisant comprendre que vos craintes sont légitimes et normales, peut-être qu’eux-mêmes les ont connues et pourront vous dire ce qui leur a permis de les dépasser. Naturellement, votre femme est très importante dans la construction de votre nouvelle identité, mais ne dépendez pas uniquement d’elle. Certaines choses sont plus difficiles à dire et à partager avec sa conjointe, surtout quand on ne veut pas ajouter ses propres inquiétudes aux siennes. Mais en gardant tout pour vous, en restant silencieux, vous ne ferez qu’empirer les choses. Souvent, le simple fait de sortir ce que l’on a sur le cœur suffit pour aller mieux. Tournez-vous vers d’autres hommes pour savoir s’ils partagent vos attentes et inquiétudes. Souvent, ce sont les mêmes.

Surtout ne paniquez pas à propos de l’émotivité et des sautes d'humeur de votre femme en ce moment. Elle a sans doute de nombreuses craintes qu’elle n’a pas encore partagées avec vous. L’expérience de sa propre enfance peut être à l’origine de questions qu’elle se pose. La qualité des relations qu’elle avait avec ses propres parents, les relations que ceux-ci avaient entre eux alors qu’elle était enfant, deviennent encore plus importantes pendant la grossesse, et peuvent aider à la rassurer ou à augmenter ses craintes. Essayez de savoir et comprendre ce que voulait dire être femme dans sa famille. Est-ce que les femmes y étaient respectées ? Abandonnées à leur rôle de mère ? Valorisées ou dévalorisées en tant que mère ? Est-ce qu’elle a vécu les grossesses, les accouchements de sa mère, comme une expérience qui la valorisait ou la dévalorisait ? Est-ce qu’elle percevait le rôle de sa mère en tant que parent comme étant positif ou négatif ? Bien sur les sujets sont nombreux et tous aussi importants les uns que les autres, et il vous faudra du temps pour les aborder. Ne soyez pas pressé, vous avez le temps, bébé ne pointera pas son nez avant quelques mois encore.

Essayez de ne pas être trop frustré si vous n’obtenez pas tout d’elle pour l’instant. Attendez-vous à aller plus loin dans les discussions au fur et à mesure que la grossesse progresse. Allez aux visites chez le médecin, suivez les cours de préparation ensemble, informez-vous sur le développement du bébé et sur les différents aspects de la grossesse et de l’accouchement qui vous intéressent.

Votre femme s’ouvrira sans doute encore plus à vous une fois qu’elle pourra ressentir les premiers mouvements de l’enfant en elle (ce qui peut s‘avérer très frustrant pour certains hommes qui devront eux attendre encore avant de pouvoir le faire au travers du ventre de la maman), et qu’elle se préparera à accoucher.

Mais vos sentiments à propos de cette merveilleuse aventure que vous commencez à vivre ne doivent pas l’atteindre ! Cherchez du soutien pour apprendre à vous comprendre vous-même et à comprendre cet énorme changement que la grossesse est en train de vous apporter en tant que futur père. Réfléchissez à la relation que vous avez eue avec votre propre père et la façon dont vous souhaitez vivre la paternité dans votre famille.

Et courage, les humeurs de la maman ne joueront aux montagnes russes que quelques mois seulement, même si ces mois peuvent paraître bien longs par moments…


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