Pères de bébés allaités
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Mais pourquoi alors, cette séparation juste après la naissance, pendant cette période sensible où se tissent les premiers liens ? Dans son dernier ouvrage Eloge des mères, Edwige Antier milite pour des chambres parentales, qui "permettrait une proximité charnelle plus précoce entre le père et son enfant, d'autant plus importante et nécessaire que le père n'a pas porté son bébé dans son corps. Il pourrait ainsi partager ses premières nuits, ses premiers pleurs et le sentiment d'amour entre eux se communiquerait plus rapidement. Ainsi le père se sentirait-il plus investi non seulement pour aimer son enfant, mais pour l'assumer sa vie durant, c'est-à-dire pour aider sa femme à être mère".
Signalons que de telles chambres parentales existent dans les maternités de certains pays (notamment en Suède).
La science est récemment venue confirmer l'importance de cette proximité pour l'établissement de liens avec l'enfant. Grâce à une expérience à laquelle se sont prêtés 34 couples anglo-saxons, on sait maintenant que pendant la grossesse, les hormones de l'homme varient selon le même profil que la mère (augmentation du cortisol et de la prolactine, chute d'un bon tiers de la testostérone), à condition qu'il soit physiquement proche d'elle, car les phéromones de la grossesse n'ont qu'un court rayon d'action. Ceux dont les taux changent le plus sont aussi ceux qui sont les plus sensibles aux appels du bébé après la naissance : leur cortisol monte en flèche au premier cri, comme chez la mère.
Cette présence des pères à la maternité devrait se prolonger par un congé de paternité qui dépasse les ridicules trois jours actuellement accordés (dernière minute : 14 jours très bientôt !). Cela permettrait à la fois au père de continuer à tisser les liens avec son bébé, et à la mère d'éviter peut-être le baby blues qui la frappe quand elle se retrouve toute seule avec son bébé.
Si les pères étaient présents à ce moment-là et prenaient en charge une partie des tâches ménagères ainsi que des soins au bébé, aux autres enfants et... à la mère (notamment en lui préparant de bons petits plats !), ils en retireraient de multiples bénéfices : reconnaissance de leur compagne, joie d'être avec le bébé et de mieux le connaître. Et ils comprendraient que si l'allaitement crée un lien fort entre la mère et l'enfant, c'est à cause du contact physique et répété qu'il suppose, et que bien d'autres gestes qui leur sont tout à fait accessibles permettent ce contact physique et répété : changes, bains de et avec l'enfant, promenades, jeux, massages, portage, bercement, endormissement, diversification alimentaire quand le moment viendra, etc.
Il existe quelques sociétés traditionnelles où les pères sont très impliqués dans les soins aux bébés. C'est notamment le cas chez les Pygmées où ce sont les pères qui endorment les bébés en les berçant. Cela semble donner une vie familiale assez harmonieuse et une société peu agressive.
© Claude Didierjean-Jouveau
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