Temoignages: La naissance de son fils


Le témoignage de Sylvain :


La naissance de son fils


4 Minutes 36.

Le temps s'arrête, la Terre aussi.
Assis dans une espèce de salle terne et vide, il est 1 heure du matin.
Ça fait déjà une demi-heure que Kat' est partie... Seulement une demi-heure... j'ai l'impression que ça fait trois heures.

Il n'y pas de bruit, le grand couloir de l'hôpital est désert, je suis là, seul, il ne se passe rien. Mais là, derrière cette porte, il y a la vie ou peut être la mort.

A 5 heures cet après midi, tout s'est bousculé, tout a basculé, les médecins ne trouvaient pas, Katia avait mal au ventre, et ils ne savaient pas pourquoi.
La veille déjà nous étions venus et ils n'avaient rien trouvé mais cette fois-ci, il fallait percer ce mystère.
Elle était enceinte de 7 mois, et pourtant tout se déroulait merveilleusement bien jusqu'à présent. Après de multiples tests sanguins, et de longues heures d'attente, nous ne savions plus quoi faire, nous avions peur, j'avais peur.
Les médecins ont fini par décider de la transférer dans un hôpital spécialisé. Elle souffrait d'un syndrome de H.E.L.L.P. ( Forme aggravée d'éclampsie, problèmes sanguins et hépatiques qui peuvent entraîner la mort du bébé et de sa maman ).
Il fallait la faire accoucher de toute urgence.
L'inquiétude m'envahissait, mais je ne devais pas le montrer, Katia restait forte, je ne savais même pas si elle se rendait compte de la gravité de la situation.
Tout s'est enchaîné à une vitesse folle, le transfert effectué, les infirmières se sont ruées sur mon amie pour la préparer à subir son intervention.
Une césarienne sous anesthésie générale.

Je me sentais démuni, seul, dans mon petit monde car l'autre partie de mon univers était couché de l'autre coté de cette porte.
Assis sur une chaise très inconfortable, je me remémorais les faits de cette journée.
Tout se mélange dans ma tête, tout s'est passé beaucoup trop vite.

De l'autre coté du mur, la vie est en train de faire des miracles...
Il est 1 heure 29 et les médecins viennent de sortir mon petit bébé du ventre de sa maman.
Mais ce ne fut pas aussi simple que ça, il était coincé en travers. Il est rapidement pris en charge par le pédiatre et les infirmières, mais il ne respire pas, le premier souffle tant attendu ne vient pas, il est pâle, sans vie, son petit cœur refuse de se battre avec lui... et de battre pour lui.
De très longues secondes s'égrènent alors, chacune d'elle peut être la dernière, mais méthodiquement, les soins sont prodigués, évaluations physiques, massages cardiaques et adrénaline...
La vie aurait du emmener mon petit ange mais la science et les médecins me l'ont rendu, après 4 minutes 36 d'efforts, son petit cœur s'est enfin mis a battre régulièrement.
La tête pleine d'angoisse, je subissais de l'extérieur, inconscient de l'importance du drame qui se jouait de l'autre coté.
Il est sorti de la salle d'opération vers 2 heures et quart dans une petite couveuse poussé par deux hommes tout de vert vêtus, il a immédiatement été transféré à l'unité de soins intensifs de l'unité néonatale. Il était né, je n'ai vu qu'une boite, je ne savais qui il était, était-ce une fille ou un garçon, peu importe, il était là, en vie...

Katia n'est sortie que vers 3 heures, je suis resté avec elle aux soins intensifs jusqu'a ce qu'elle retrouve une certaine lucidité. Elle délirait, les médicaments l'assommaient, elle tremblait, de nouveau j'avais peur, la partie n'était pas gagnée.

Après quelques heures à son chevet, j'ai eu l'autorisation d'aller voir mon fils, en effet c'était un petit gars, Katia allait être contente, elle voulait un p'tit bonhomme. Il a fallu attendre qu'il soit installé et pris en charge totalement. Je suis donc allé le voir vers 6 h 30. J'étais très angoissé, j'appréhendais ce moment. Je ne m'attendais pas du tout a ce que j'ai vu.

Une infirmière de l'unité me guida dans le service, après avoir revêtu la tenue de rigueur et m'être lavé les mains, j'ai pu m'approcher de la table chauffante qui servait de lit à mon fils.
Dans un premier temps, je n'ai vu que des machines, des fils et des tuyaux. Il y avait énormément de lumières, mes yeux rougis par le manque de sommeil ont mis du temps à s'habituer, je sortais de la chambre tamisée des soins intensifs de mon amie.

Ça fourmillait dans ce service.

Les bruits étaient omniprésents des bip bip et des sons de respiration qui malheureusement étaient réglés par une machine.
Il m'a fallu énormément de temps pour ne plus me sentir mal a l'aise.
J'étais perdu, je ne savais pas quoi faire. Je pleurais intérieurement.

Je n'ai vraiment pas aimé ce que j'ai vu ce matin-là. Le petit bonhomme étendu sur cette table était sans vie seule la machine le faisait vivre... Cet endroit me faisait peur car il m'était complètement inconnu.
Petit a petit, j'ai fait abstraction de tous ces bruits et de toute l'agitation qui régnait dans la pièce... J'ai commencé à découvrir mon fils. L'infirmière qui en était responsable venait souvent pour ajuster l'oxygène et les fréquences du respirateur et ce n'est qu'après avoir terminé les soins sur un autre bébé qu'elle est venue me voir pour m'expliquer tout ce qui se passait. Habituellement, je suis toujours très curieux, je pose énormément de questions, mais là, j'écoutais attentivement tout en fixant mon regard sur mon bébé. Elle me décrit rapidement chaque machine... et chaque fil et tuyau, et tous ceux ci, ne furent plus des étrangers, ni même des ennemis, mais ils devinrent des amis qui allèrent aider mon fils à vivre... Les yeux remplis de larmes, j'ai demandé si je pouvais le toucher, une réponse positive me réchauffa le cœur mais paralysa ma main. Je ne voulais pas lui faire mal, je ne savais même pas s’il allait me sentir ni même comment faire... L'infirmière m'expliqua qu'il fallait le tenir de façon ferme mais douce mais qu'il ne fallait pas le caresser pour ne pas l'irriter.

J'ai juste posé deux doigts sur sa main. Je tremblais énormément, c'était merveilleux. Il ne bougea pas, pas même un frisson, juste sa poitrine se relevait rythmé par le respirateur artificiel. Je pleurais.

L'infirmière des soins intensifs de l'obstétrique arriva avec un appareil photo instantané et pris une photo de mon fils et me la confia afin que je la montre à mon amie. Même si le choc est immense c'est un merveilleux souvenir et une très bonne idée.
Cette précieuse photo en main, je suis retourné voir mon amie sans avoir oublié de dire a mon petit ange que je reviendrais très prochainement.

Et là, il a fallu expliquer à Katia ce qui se passait réellement.
Car bien que très fatiguée et encore un peu sur "la lune", elle me posa quelques questions, je lui montrai la photo qu'elle ne pu voir car la lumière était faible et les effets du sulfate de magnésium lui brouillaient la vue.
Avec des mots simples, je lui ai décrit ce que j'avais vu, je ne lui ai dit que la vérité, que ce fut compliqué...

Elle s'endormit comme rassurée...
Je m'allongeai par terre sur un vieux matelas miteux, la tête dans mes rêves qui venaient de s'écrouler, mais mon petit bonhomme venait de me montrer qu'il était fort et qu'il allait se battre pour survivre.

Ne t'inquiète pas mon amour, je viens t'aider...

Sylvain, Papa de Maelan 10 mois.




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